Des hommes et des troupeaux
La filière ovine de la Drôme réunie de nombreux acteurs (fournisseurs, transformateurs, distributeurs, …) mais au centre de cet écosystème, les éleveurs et leurs animaux en sont évidemment la pièce centrale.
Dans la Drome on compte environ 250 éleveurs « professionnels » – qui détiennent plus de 50 brebis – pour plus de 400 détenteurs !
Ces éleveurs élèvent environ 60 000 brebis au quotidien, principalement dans les régions montagneuses et de coteaux, traditionnellement terres d’élevage du fait de l’accessibilité réduite des parcelles et des sols plus pauvres qui ne permettent pas des productions de grandes cultures ou maraichères.
L’activité agricole, et en particulier d’élevage donc, dans ces territoires de moyenne montagne, permet entre autres :
– d’y produire une alimentation seine issue d’un élevage extensif respectueux des hommes et des animaux
– d’entretenir des espaces par le pâturage dans l’intérêt général : maintien des prairies et landes ouvertes, des paysages et des écosystèmes diversifiés, maitrise de l’embroussaillement des zones boisées, entretien des sentiers et chemins …
– d’y faire vivre une activité économique et d’y maintenir une population à l’année qui permet le maintien de services publics, le développement de l’accueil touristique, …
Les chiens de conduite et de protection
Sur un troupeau, deux types de chiens travaillent, avec des rôles bien distincts et complémentaires.
Le chien de conduite rassemble et dirige les animaux, en veillant à ce qu’aucun ne s’écarte du groupe, pour les mener vers la bergerie, un nouveau pâturage ou un lieu de traite. Il travaille en binôme étroit avec le berger, à l’écoute de ses ordres, et reste généralement silencieux — une présence bien plus apaisante pour le troupeau qu’un groupe d’humains agité. Le Border Collie, réputé pour son intelligence et sa précision, en est la race la plus connue, aux côtés du Berger des Pyrénées, plus petit mais tout aussi endurant, capable de conduire de très grands troupeaux en montagne.
Le chien de protection, à l’inverse, ne reçoit pas d’ordres et travaille en totale autonomie. Né et élevé au sein du troupeau auquel il s’attache dès son plus jeune âge, il reste jour et nuit auprès des bêtes pour dissuader tout intrus — loup, ours, lynx ou chien divagant — de s’en approcher. Ce n’est ni un chien de compagnie ni un chien d’attaque : son rôle est de faire front et d’impressionner, pas de mordre. La race Montagne des Pyrénées (le patou) reste la plus répandue en France, aux côtés du Maremme Abruzze ou du Berger d’Anatolie.
Ces deux chiens répondent donc à des besoins très différents : l’un guide, l’autre défend. Sur le terrain, ils cohabitent souvent au sein du même troupeau, chacun avec sa mission propre.
Leur cohabitation avec les autres usagers de la montagne (randonneurs, vététistes, touristes) reste un enjeu majeur, qui nécessite information et sensibilisation de tous.
Les produits ovins et leurs déclinaisons
Longtemps élevé avant tout pour sa laine, le mouton est devenu, depuis le milieu du XXe siècle et l’essor des textiles synthétiques, une production principalement tournée vers la viande. La filière ovine française se structure aujourd’hui autour de deux grandes orientations, aux terroirs et aux races bien distincts.
Le système allaitant, très majoritaire, fournit l’agneau de boucherie, élevé sur l’ensemble du territoire mais surtout au sud de la Loire, dans des régions souvent moins favorisées à l’agriculture intensive. Le système laitier, concentré en Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et Corse, alimente une filière fromagère reconnue, avec plusieurs bassins historiques bénéficiant d’une AOP (Roquefort, Ossau-Iraty, fromages corses).
Au-delà de la viande et du lait, l’élevage ovin se décline aussi à travers :
- la laine, usage historique de la filière, aujourd’hui valorisée de façon plus marginale mais toujours présente dans certains circuits artisanaux
- les produits fermiers transformés à la ferme — fromages, yaourts, caissettes d’agneau — que l’on retrouve en vente directe chez de nombreux producteurs drômois
- des produits dérivés locaux, comme des cosmétiques ou savons élaborés à partir de lait de brebis par certains éleveurs diversifiés
Cette diversité de production s’appuie sur un élevage largement herbager, ce qui en fait une activité particulièrement autonome et respectueuse des paysages qu’elle entretient.